Feuillet - 1700
Des jetés ou demi-cabrioles.
Comme il est parlé dans plusieurs pas de ces jetés sans que j’en aie donné aucune instruction particulière, je vais l'expliquer dans ce Chapitre, en suivant l'ordre des pas, qui est d'aller des plus faciles aux plus difficiles.
Ce pas ne fait que la partie d'un autre pas, comme on la déjà pu remarquer dans plusieurs pas ci-devant, ainsi un jeté seul ne peut remplir une mesure, il en faut faire deux de suite pour faire l'équivalent d'un autre pas.
Mais il se lie aisément dans la construction des autres pas, comme on le voit à la fin du contenu du Menuet, dans les coupés de mouvement, pas tombés, pas de Bourrée vites & autres ; ce qui leur donnent plus d'enjouement.
Comme ce n'est que par le plus ou le moins de force, que vous possédez dans le cou de pied qui vous fait élever ainsi ce pas dépend du cou de pied pour le faire avec légèreté ; pour le faire en avant, je suppose que vous ayez le pied gauche devant & 1e corps posé dessus, la jambe droite prête à partir dans le moment que vous pliez sur la jambe gauche, la droite s'approche auprès, & lorsque vous vous relevez ; ce qui se fait par la force du pied gauche, qui en s'étendant avec force vous en rejette fur la droite ; parce qu'elle achève de se passer devant, lorsque vous vous relevez en tombant fur la pointe du pied droit, & ne poser son talon qu'après, ce qui termine ce pas : ainsi vous pouvez en faire plusieurs de suite d'un pied, comme de l'autre en observant la même règle ; ce qui donne beaucoup de facilité & de légèreté.
Il se font en arrière, & de côté également, c'est-à-dire, plier sur une jambe & retomber fur l'autre.
On les fait encore d'une autre manière, en ce qu’il faut prendre plus de force pour les sauter ; ce qui se fait en se relevant plus vite, & étendre fort les jambes, en les battant l'une contre l'autre, en retombant fur le pied contraire à celui qui a plié, pour lors il change de nom & on l'appelle demi-cabrioles ; mais comme c'est un pas de Ballet & que je n'entreprends dans ce Traité que de donner la manière de faire les pas qui sont en usage dans les danses de ville, c'est ce qui m'engage de ne pas embarrasser l'écolier des pas que l'on apprend les derniers, comme étant ce qui donne la perfection aux danseurs qui sont nés avec toute la belle disposition, & même à ceux qui en font leur principale occupation.
A l'égard
des Dames, elles ne doivent pas tant les sauter, il suffit qu'elles
en prennent le temps en pliant, & qu'en se relevant elles se laissent
tomber fur l'autre pied que celui qui a plié : par conséquent
lorsque vous dansez avec une Demoiselle, & qu’il se trouve des jetés
ou autres pas sautés, il les faut prendre modérément,
afin de conserver cet accord d'un sexe avec l'autre ; ce qui est une des
parties essentielles à laquelle ont doit se conformer.